Songes

Tomber neuf fois

Tomber 9 fois, se relever 10, et continuer à grimper encore un peu…

Je pense que dans la vie, tout a une signification : chaque pas, chaque revers, chaque rencontre, chaque désillusion, chaque petit changement du quotidien. Est-ce parce que j’essaie d’avoir une foi à toute épreuve ? Peut-être. Est-ce parce qu’on en voit les preuves chaque jour ? Sûrement.

On vit dans une drôle d’époque. Une époque où l’on peut exposer sa vie au monde entier sans en mesurer les conséquences, tout en étant capable de masquer l’essentiel sans que personne ne le voie.

Il y a quelque temps, j’écrivais un message de remerciement pour mon anniversaire. Une amie m’a demandé : « Sérieux, c’est vraiment ça que tu retiens ? » Bien sûr que non. Mais pourquoi montrer ce qui nous touche vraiment ?

Cette question m’a fait réfléchir.

Comme certains le savent, je fais de la prosopagnosie. Reconnaître un visage, même familier, est déjà compliqué… alors avec des masques, imaginez. Je dois parfois faire parler les gens pour deviner qui ils sont.

Et justement… les masques.

C’est drôle qu’on utilise le même mot pour se protéger d’un virus, pour soigner ses cheveux… et pour se cacher. Peut-être parce qu’au fond, se faire passer pour quelqu’un d’autre est la meilleure protection que l’on ait trouvée.

Sur les réseaux, c’est encore plus flagrant. Combien utilisent une vraie photo, sans filtre ? Combien de personnes serions-nous capables de reconnaître dans la vraie vie ?

Dans ce monde d’apparence et d’éphémère, à quel point sommes-nous encore capables de nous comprendre ?

Les réseaux nous rapprochent… et nous déshumanisent en même temps. On s’y retrouve par centres d’intérêt, on y trouve des réponses à des questions qu’on ne se posait même pas… mais on oublie parfois qu’il y a des humains derrière les écrans.

Soyons honnêtes. Combien de fois avons-nous jugé, blessé, enfoncé quelqu’un sans vraiment le connaître ? Et à force, ce qui était facile derrière un écran l’est devenu aussi dans la vraie vie.

Aujourd’hui, on jette à la moindre fissure. Les objets, les relations, les gens. On ne répare plus, on remplace. On a fini par se dématérialiser aux yeux des autres.

Combien cherchent vraiment à comprendre les larmes derrière un sourire ? Combien écoutent sincèrement quand ils demandent « ça va » ? Combien sont réellement heureux pour les autres ?

Dans ce monde du paraître, être vrai devient presque suspect. Être droit, être sensible, c’est être différent. Alors on hésite. On pèse chaque mot. On se retient. Parce qu’on sait que, tôt ou tard, ça sera mal interprété.

Et quand on avance sans masque, sans filtre, dans un monde qui marche de travers… c’est inévitable : on se cogne. On tombe.

Encore et encore.

Mais on se relève.

Abîmé, parfois. Écorché souvent. Mais plus fort. Avec quelque chose qui vient de loin, de très loin. Peut-être de nous. Peut-être de plus haut.

Alors on avance. On sourit. On cache un peu. On protège ce qu’il reste à protéger. Et pour les plus courageux, on continue à chercher comment réparer ce qui peut encore l’être.

On avance à contre-courant. On tend la main. On s’accroche à celles qu’on trouve, sans toujours savoir si elles nous relèveront… ou nous feront tomber.

Et pourtant, on continue.

Parce qu’on y croit encore.

On croit qu’il reste du vrai. Qu’il reste des gens qui valent la peine. On cache nos blessures, on ajuste notre sourire, et on grimpe encore. Pour comprendre. Pour se sauver. Et parfois, pour aider d’autres à ne pas tomber.

Dans cette société de masques et d’écrans, peu se connaissent vraiment. Et nous, les invisibles… où est notre place ?

Peut-être justement là.

Dans cette capacité à tomber sans disparaître. À se relever sans se perdre. À continuer à croire, même quand tout pousse à abandonner.

Alors oui…

Tomber 9 fois.

Se relever 10.

Et continuer à grimper. Toujours. Un peu plus près des étoiles.