Pardon ou oubli
Le pardon ou l’oubli ?
Avez-vous remarqué que plus on aime une personne, plus on la fait souffrir ?
Comme si l’amour, l’amitié ou la passion étaient un gage de douleur, peut-être même d’asservissement.
Plus on est proche, plus on nous demande de comprendre l’incompréhensible.
Prenons l’exemple de nos parents. Ils nous ont mis au monde, portés et éduqués. Pour la plupart, malgré leurs faiblesses et leurs maladresses, ils ont essayé de donner le meilleur d’eux-mêmes pour que nous puissions avancer. Pourtant, quand quelque chose ne va pas, on a tendance à tout leur remettre sur le dos, à les accuser parfois, ou à puiser dans ce qu’il leur reste encore d’énergie pour continuer à avancer.
Ou nos enfants. On attend d’eux qu’ils comprennent notre fatigue, on se permet de s’énerver, parfois on punit. Que se passerait-il si l’on en faisait autant avec nos voisins ou avec un inconnu ?
En amour aussi, on dérape bien plus vite qu’avec un ami ou une connaissance. Dans le calme de l’intimité, entre les murs d’une maison, on va souvent beaucoup plus loin que ce qu’on s’autoriserait ailleurs. On brise, on blesse sans le vouloir, souvent par inconscience, parce qu’on voit l’autre comme le prolongement de soi-même, en oubliant ses propres limites, ses propres énergies.
Si l’on élargit encore le cercle, plus nos amis sont proches et plus ils nous aiment, plus on leur demande de la compréhension. On leur confie nos peurs, nos douleurs, nos angoisses, en exigeant (au nom de l’amitié) qu’ils comprennent parfois ce qu’ils ont du mal à encaisser.
Comme lorsqu’on a besoin d’être seul mais qu’on continue à être présent sur les réseaux : sans vouloir blesser, on parle à tout le monde sauf à cette personne censée comprendre, sans toujours se demander quel est son besoin à elle.
On impose à nos voisins l’odeur de nos poubelles, et au serveur du restaurant nos mouchoirs pleins de bave.
Mais à cet inconnu dans la rue (celui qui ne se souviendra pas de nous, celui dont le jugement ne nous atteindra pas) on n’impose jamais rien.
Alors, quand on est cette femme, cette fille, cette maman, cette amie, on se demande parfois s’il ne serait pas plus simple d’être ce passant. On tente de se transformer en robot, parce que l’intelligence artificielle ne se blesse pas de ces compréhensions qu’on exige sans tenir compte de sa présence.
Fuir n’efface pas les blessures, pas plus que l’oubli ne guérit.
Mais l’amour, lui, transforme. Un cœur peut se fissurer, se briser, saigner même, et pourtant ce sont parfois ces failles qui deviennent des lignes d’or. Car la résilience ne consiste pas à ne plus tomber, mais à se réparer autrement. Tant que l’amour est là, même fragile, même cabossé, le cœur n’est jamais condamné : il peut toujours se reconstruire.