Vous les voyez
Vous les voyez dans les rues, les supermarchés et même quand elles ont la force, dans les parcs.
Elles ont parfois l’air fatiguées, parfois de guerrière et pour la plupart elles essayent de conserver le sourire.
Elles ne réagissent parfois même plus aux sollicitations et souvent elles fuient le contact. Au début elles ont peur du regard ou du jugement mais elles finissent par lâcher prise.
Parfois elles essayent de parler, mais, lassées de la non-compréhension elles encaissent et avancent.
Vous les voyez tous les jours ces mères d’enfants « différents », autistes ou hyperactifs, hypersensibles ou porteurs de troubles en « dys », handicap ou différences invisibles.
Quand elles essayent d’expliquer elles entendent souvent « oh mais ça va, tous les enfants sont un peu nerveux », et elles le savent mais elles ne peuvent même pas expliquer que le « un peu » n’existe pas chez elles.
Elles manquent de sommeil et sont toujours pleines de doutes.
La culpabilité les ronge et c’est systématiquement qu’elles se demandent où elles se sont trompées, ce qu’elles auraient pu faire de mieux. Elles culpabilisent souvent, et se prennent la tête, tout le temps. Devoir tout anticiper est une seconde nature, imposée par la vie. Elles les entendent vos commentaires « c’est juste toi qui les gâte trop », « tu te fais des films », « arrête de te chercher des problèmes », et la culpabilité continue à grimper. Alors elles lâchent pour tester et elles voient.
Souvent elles rêvent à une vie normale, parfois elles se demandent comment ils feront quand elles ne seront plus là, mais elles continuent à entendre les remarques culpabilisantes et ça les épuise.
Elles voudraient faire un restaurant en famille sans avoir peur de la crise ou de celui qui vomira parce qu’un grain de poivre a touché ses pâtes blanches.
Parfois elles ont juste besoin d’un peu de soutien qui souvent ne vient pas.
Vous les voyez tous les jours ces mamans, vous les croisez, vous les regardez d’un regard en coin quand leur enfant fait une crise et qu’elles essayent de canaliser « mets-lui une fessée », « arrête de céder à ses caprices », mais si vous preniez leurs baskets à ces mères, peut-être que vous comprendriez. Et si vous prenez leurs baskets à ces enfants, qui ne savent pas exprimer leurs frustrations, qui se sentent souvent incompris et ne peuvent compter que sur cette personne qui essaye de se mettre à leur place dans une société où ils sont le rond qui ne rentre pas dans sa case…