Mères atypiques, personne ne sait
Aujourd’hui, le couperet est tombé et j’ai compris. Je ne pourrai jamais avoir les mêmes centres d’intérêts que les mamans de mon âge, je ne pourrai jamais avoir la même insouciance, non seulement parce que je suis atypique mais parce que, quand tu es maman d’enfants atypiques tu ne peux plus vivre que pour ça.
Alors c’est vrai que je souris moins (d’abord parce que sourire ça donne une tête de con) mais en plus parcequ’il arrive, après plusieurs jours/semaines/mois de batailles constantes, de sommeil perdu, de maintient en veille obligatoire, il arrive qu’on ne trouve plus la ressource physique et psychique nécessaire à faire évoluer les choses.
Non je n’ai pas forcément suivi la nouvelle tendance de série, vu la dernière saison de the voice ou koh lanta (j’avoue que je me pose quand même devant top chef), non je ne connais pas les potins (et je m’en moque), mais ceux qui pour cela décident de me ranger dans les « infréquentables », sont peut-être eux même infréquentables.
Ma vie est rythmée par des évaluations, des commissions, des rendez vous médicaux, une surveillance accrue sur le moindre des mouvements et changements d’attitudes.
Parfois dans une journée j’ai entendu tellement crier, hurler, négocier, que je suis sure que je pourrai être négociatrice avec des criminels.
Parfois le niveau des décibels est tellement haut à la maison que quand on parle normalement j’ai l’impression qu’on chuchote.
Ca m’arrive de vouloir être malade juste 24h pas plus pour me reposer sans complexes et vite me rappeler que pendant ces 24h là, l’équipe parents perdra 50% de ses effectifs et se retrouvera en difficulté.
Parfois je les regarde et je me demande comment j’aurai été si ils avaient été typiques. Je vois des familles se balader des enfants qui écoutent, qui ne cherchent pas à savoir « ce que ça fait si je touche une ortie » ou « ce qu’on ressent si on se fait écraser par une voiture ».
Il m’ai déjà arrivé de changer de trottoir en reconnaissant quelqu’un (si je le reconnais) pour ne pas avoir à arrêter mon enfant « en crise » sur son chemin pour ne pas qu’il ai honte de son comportement.
Et si aujourd’hui quand vous croisez mes enfants ils ont l’air « normaux » comme vous le dites souvent, ils n’ont pas l’air d’être comme les autistes que vous connaissez (comme si vous connaissiez toutes les couleurs de ce spectre…), si il vous arrive de penser que je « cherche » les problèmes, ce n’est pas le cas.
D’ailleurs la plupart du temps les diagnostics viennent de conseils extérieurs.
Ils ont juste appris à comprendre ce que le monde attend de nous et, vu que personne n’est capable de s’adapter à nous on se bat pour le faire.
Si vous saviez les décompressions et la douleur que cela nous apporte, vous ne réagiriez pas comme ça… vous les applaudiriez et nous, leurs parents aussi.
Personne ne sait la force qu’il faut pour jeter son enfant dans l’arène en espérant lui avoir donné assez d’outils pour se battre.
Personne ne sait ce que ça fait quand ils me disent que je pourrai mieux les comprendre alors que je cours discrètement pour trouver les aides adéquates de commissions en commissions tout en les poussant dans leurs retranchements pour qu’ils souffrent moins le jour où ils se mangeront les claques que je me suis mangées.
Personne ne sait derrière mon maquillage les cernes qui se cachent et si ma démarche n’est pas à l’aise c’est sûrement de l’épuisement physique.
Aujourd’hui je pense à toutes les mères comme moi, qui ont un ou plusieurs enfants différents, qui courent et jonglent entre les appels aux corps enseignant, l ergothérapeute, l orthophoniste, le physiothérapeute, les cours d’éducation, les groupes d’adaptation, les psychomotriciens, les praticiens neurofeedback, pnl, eft, hypnose, sophrologues et toutes sortes de thérapies pour améliorer la vie de leurs enfants.
Aujourd’hui on sait que notre noyau c’est celui qui nous aime et nous soutien qui voit l’épuisement derrière nos rires, le stress contrôlé derrière la moindre sortie, ceux qui nous soutiennent et comprennent qu’on ne parle que de nos enfants parceque ça représente 90% de nos préoccupations…
Aujourd’hui c’est moins sympathique que d’habitude mais derrière les rires des familles atypiques se cache un combat de tous les jours, et aujourd’hui c’est important de le rappeler.