Lettre à numero 2, sortie d’école
Mon amour,
Vendredi je suis venue te chercher à l’école. C’est dur le vendredi pour toi, parceque tu n’as pas ton avs, ou plutôt ta deuxième maman, et tu dois gérer tout ça seul.
En voyant sortir les cp je t’ai cherché parmi eux, toi qui pourtant est en ce2, mais ta petite taille, et ton air toujours effacé, portent toujours à confusion.
J’ai vu tous ses élèves se pousser et se coller face à la porte, ils se bousculaient pour sortir vite, et moi je me demandais comment tu allais gérer.
Ce n’est pas facile pour toi tous les jours, la compréhension des normes c’est pas ton truc (alors les intégrer on n’espère même plus). Mais tous les jours elle est là. ELLE, celle qui te sauve la mise, celle qui t’accompagne toute la journée, celle sans qui tu es perdu et qui me permet de souffler quand je te sais entre de bonnes mains. Elle c’est Carole, ton avs, « la meuf en rose » comme tu l’as appelée le jour où tu l’as choisie. Mais le vendredi elle n’est pas là et pendant que moi même j’ai la sensation d’étouffer je me demande comment tu tiens. Ce n’est pas juste que les avs aient un nombre d’heures maximal (même si vu comment tu l’épuises, elle a quand même le droit au repos) mais pour nous, parents, et surtout pour toi, enfant avec un trouble du spectre autistique et un problème d’hyper activité c’est encore plus dur.
Elle, ta deuxième maman, elle te laisse sauter dans les couloirs et elle te suit avec beaucoup de patience. Elle s’exprime à ta place quand tu es trop submergé pour parler et elle anticipe tes besoins. Mais ce vendredi j’ai vu ce monde et je t’ai imaginé piétiné… comme cette petite fille qui vient de tomber sous nos yeux et pour qui personne ne s’est arrêté…
Mais, toi tu es plus malin, tu es plus fort. Alors après avoir vu un flot continue d’enfants et ne plus voir personne, j’ai enfin senti ta petite main, tu m’as serré en soufflant comme si tu venais de traverser l’atlantique, « ouf c’est fini maman » tu as réalisé l’exploit de te mettre suffisamment de côté pour ne pas faire de crise d’angoisse et tu peux enfin relâcher toute cette pression
… tu me sers à m’étouffer mais pas trop « parce que si quelqu’un découvre que tu fais des câlins on risque de t’en demander »