Intimes

On s’habitue à tout, quatre enfants atypiques

Je me suis toujours demandée si on pouvait s’habituer à tout.

Je n’aime pas le mois de septembre. Pour chaque parent c’est un peu une « délivrance » on a tous un peu l’appréhension de cette rentrée, on rencontre les profs et puis ça va.

Pour les familles atypiques c’est différent. Il faut expliquer et vérifier toutes les spécificités.

Pour numero 3 c’est encore plus compliqué. Il fait des arrêts cardiaques dont on ne trouve toujours pas la cause et il faut donc expliquer à la maîtresse que la panique n’aidera pas et expliquer le protocole étape par étape.

Au début elle a cru que je rigolais, c’est vrai que c’est souvent perturbant d’avoir une mère qui demande d’un air détaché juste de vérifier si il n’est pas au sol et un peu violacé.

D’ailleurs c’est la première fois qu’on me demande un certificat pour laisser mon enfant à l’école.

Puis, il faut expliquer que, oui le grand peut faire du sport, mais pas au niveau collège comme on attend de lui, parce qu’il peut clairement se déboîter un membre « mais pas de panique, il sait tout remettre en place, au pire tu m’appelles ».

Je ne parle pas beaucoup du SED, ça bouffe et les anecdotes sont quand même moins drôles.

Il y a quelques jours; mes enfants étaient dans le couloir, numéro 1 se remettait en place les membres, numéro 2 était en pleine crise de toc, numéro 3 était au sol, violet, en train de lutter pour lever ses jambes (la seule façon d’éviter que le cœur ne s’arrête plus de 10 secondes), numéro 4 regardait dans le vide et serrait fort son yoshi.

Je me suis demandée, l’espace d’une seconde; mais si une mère n’a pas « l’habitude » comment l’aurait elle pris?

Il y a quelques temps, le fils d’une amie était à l’hôpital, et j’ai été plutôt capable de décrire ses sentiments, ça peut surprendre car j’ai l’air froide, mais non, ce n’est toujours pas tellement « normal » pour moi de ramasser mon gosse.

Après avoir passé 2 semaines, à communiquer non stop, entre les directeurs, les avs, la mairie, la pédiatre, la neuro psychiatre du développement, les directeurs, et quelques médecins, tout en continuant mon rôle de mère, en continuant de travailler, mon rôle d’épouse (bon lui il est cool), et tout en supportant mon propre sed, bien réveillé ces derniers temps et mes burn out autistiques qui sont toujours liés à mes poussées de sed, le téléphone a sonné. Le neurologue de numéro 3:

« - je ne comprends pas tu n’as toujours pas fait l’examen que je t’ai demandé pour ton fils?

- non en effet

- il y a une raison à ça?

- vous avez passé des semaines à le charcuter; chaque fois qu’il monte dans une voiture il me demande si on va l’amener encore chez un médecin, il en a marre des examens alors je le laisse souffler.« Je suis une mère indigne?

Peut être; peut être aussi qu’un examen de 24h sans bouger pour un enfant hyper actif, uniquement pour « écarter une théorie » c’est juste de l’acharnement.

Est ce qu’on peut réellement s’habituer à tout? Au final non, mais on peut quand même faire semblant… et finalement les autres ne se rendent jamais vraiment compte…