Intimes

Bar-Mitsva de numero 2, à sa façon

Quand il a fêté ses 12 ans, il y a un peu plus d’un an, j’ai réalisé que sa Bar-Mitsva approchait et avec elle, le bruit, le monde, les regards, les contacts et tout ce qui va avec.

Ce n’était pas notre premier autiste à faire sa Bar-Mitsva. Mais justement. Son frère avait été parfait, mais très tendu, très stressé, et la montée à la Torah n’avait clairement pas été une partie de plaisir.

Alors forcément, j’ai pensé à numero 2.

Lui qui fait du mutisme sélectif, qui peut littéralement vomir quand il y a trop de contacts physiques et qui déteste avoir le moindre regard posé sur lui (ce qui est quand même dommage vu son potentiel de stand-upper), comment allait-il gérer tout ça ?

J’ai commencé à organiser. Lui a commencé à réviser, sans trop se poser de questions.

Puis on a reçu le premier costume.

« Je ne porterai rien d’autre qu’un jogging. »

« Je suis vraiment obligé de faire des photos ? »

Avec numero 2, c’est toujours quitte ou double. Soit son côté hyperactif l’emporte et c’est l’éclate totale, soit la surcharge prend le dessus et là, plus rien ne passe.

Alors on change de costume. Il révise en faisant le clown. On fait des paris. On rigole.

Mais derrière mon apparente décontraction, moi, j’ai peur de tout ce qui arrive.

Je mets de côté mon propre autisme, ma phobie des coiffures, du maquillage et des robes trop pompeuses. Rien ne compte à part lui.

Je me crée même une organisatrice de soirées en intelligence artificielle sur GetaTeam, histoire d’aller chercher le maximum d’idées possibles.

Et puis…

Comme on le sait, sur les réseaux sociaux, dès qu’on commence à chercher quelque chose, les publicités ciblées s’enchaînent. Et petit à petit, SA fête commence à se dessiner.

Il n’aime pas la musique forte ? Il n’y en aura pas.

Il aime se défouler ? Il y aura des paniers de basket.

Il adore se dessiner dessus ? Des tatouages éphémères.

Il n’aime pas les regards ? Un stand de lunettes de soleil qui lui permettra de se cacher derrière quand il en aura besoin.

Tant pis pour les traditions. On allait construire une Bar-Mitsva autour de numero 2, pas essayer de faire rentrer numero 2 dans une Bar-Mitsva.

La veille, je lâche volontairement un peu la pression et les règles habituelles. Et surtout, j’ai une dernière idée : une affiche drôle, dans le thème de sa Bar-Mitsva (les jeux vidéo), pour demander aux invités de ne pas lui faire de câlins.

En espérant très fort que tout le monde joue le jeu.

Jour J.

Il accepte le deuxième costume que j’ai trouvé. Il est immense sur lui. Mais il se sent bien dedans, alors franchement, on s’en fout.

Et voilà.

Deux jours après, le constat est assez incroyable.

Il a lu.
Il a tenu l’office.
Il a supporté le monde.
Il a évité une bonne partie de la rafale de câlins grâce à son affiche.
Il a participé.
Il a ri.
Il a profité.

La seule vraie crise aura finalement été pour le photographe, à qui il a expliqué qu’il avait désormais assez de photos de lui « pour toute la vie ». 😂

Entre les grimaces et les sourires forcés, il a joué le jeu jusqu’au bout.

Mais surtout : il a adoré sa Bar-Mitsva.

Au point d’être triste qu’elle soit terminée.

Et moi, je suis une maman fière.

Pas parce que mon fils autiste a réussi, pendant quelques heures, à se comporter comme si tout ce qui lui était difficile ne l’était plus.

Mais parce qu’on a réussi à faire l’inverse.

Au lieu de demander à numero 2 de s’adapter à sa Bar-Mitsva, on a adapté sa Bar-Mitsva à numero 2.

Et finalement, il avait peut-être simplement besoin qu’on lui permette de vivre ce moment à sa façon. ❤️