Echos

Pourquoi j’ai quitté la France

Quand j’étais enfant, à l’école, j’avais des cours d’histoire juive.

Je n’étais pas passionnée et la prof n’était clairement pas passionnante. Pourtant, parfois, en l’écoutant, je me mettais à imaginer.

J’imaginais nos ancêtres.

Les guerres.

Les angoisses.

La haine.

Je voyais dans mon imagination ces enfants qui ne comprenaient pas pourquoi on s’en prenait à eux. Pourquoi on les détestait simplement parce qu’ils existaient.

Et naïvement, je pensais que c’était le temps d’avant.

Une époque révolue.

Je pensais qu’on ne pouvait pas détester un peuple pour son existence. Une terre pour ses origines.

Puis j’ai grandi.

Et j’ai compris.

J’ai quitté la France parce que je m’y sentais en trop. Pas seulement moi. Mes frères aussi.

Alors j’ai choisi de vivre autrement. Pour que mes enfants puissent vivre leur foi, leur identité, leur vie… sans peur.

Nous sommes en 2026.

Et à l’aube de mes quarante ans, mes enfants savent courir comme des lapins quand les sirènes hurlent.

Parce qu’ils vivent libres sur leur terre.

Je ne regrette pas mon choix. Pas une seconde.

Je n’ai jamais pensé à revenir en arrière.

Mais parfois je les regarde… et je me demande pourquoi.

Ils vivent.

Ils chantent.

Ils jouent.

Ils jouent même un peu trop aux jeux vidéo.

Ils ne demandent rien de plus que retrouver leurs amis.

Pas en Zoom.

En vrai.

Mais les alarmes sonnent.

Les sirènes retentissent.

Et ils attendent dans les abris que tout se calme.

La terre entière me parle des enfants à nos frontières.

Mais moi, ce sont les miens que je vois.

Je pense aux anciennes guerres, celles où les habitants vivaient l’oreille collée à la radio, enfermés dans des bunkers.

Aujourd’hui, entre deux alertes, on vit quand même. On sort. On travaille. On rit.

Parce que la vie continue, même quand les sirènes coupent le silence.

Je n’ai pas peur.

Pour être honnête, j’avais plus peur en France.

Mais quand je regarde mes enfants, je réalise quelque chose d’étrange.

Ils ne connaissent pas l’antisémitisme.

Ils connaissent les bombes.

À chaque alarme, ils demandent calmement :

« C’est quel ennemi cette fois ? »

Je vois les autres pays courir à la pompe.

Ils ont peur du prix de l’essence.

Moi, mon fils a peur d’aller à la boxe si l’ennemi bombarde.

Et parfois je repense à la petite fille que j’étais, assise en classe, écoutant parler d’une histoire qui me semblait si lointaine.

Je croyais apprendre le passé.

En réalité, j’étais simplement en train d’apprendre l’avenir de mes enfants.