Echos

C’était il y a deux ans

C’était il y a deux ans.

Sim’hat Torah, à la maison. 7h30 du matin, je sors le chien. J’entends une femme au téléphone (elle hurle, comme une hystérique. Entre deux sanglots, je comprends qu’il se passe quelque chose. Pas pour elle, mais pour le pays.

Au loin, des explosions. Je me dis qu’il y a peut-être des travaux… mais des travaux pendant les fêtes, c’est étrange.

Je rentre. Les cris entendus dans la rue me hantent. Mais c’est Yom Tov, je n’ai pas envie de toucher à mon téléphone.

Je gratte quelques minutes. Je n’ai pas envie de savoir. Je sens, au fond de mes tripes, que ce n’est pas un simple attentat ni les quelques roquettes habituelles. Mais je préfère rester dans l’ignorance… encore cinq minutes.

On ne peut pas rester coupés du monde. Alors j’allume mon téléphone. Pas les infos d’abord) WhatsApp.

Des dizaines de messages, de personnes à qui je n’ai pas parlé depuis des mois, parfois des années :

« Jenny, ça va ? Vous êtes en sécurité ? »

Mais… de quoi ils parlent ?

J’ouvre Facebook. Les premières images.

J’hallucine. Je n’y crois pas. Comment c’est possible ?

Les avis de recherche défilent : « Avez-vous vu mon amie ? Ma mère ? Mon fils ? Ma fille ? »

On prie. On espère que ce n’est pas vrai, qu’ils vont rentrer.

Les jours se succèdent, rythmés par les images, les vidéos, les avis de décès, les questions.

Victime ? Otage ? Ils sont où ? Pourquoi ce jour-là ?

C’était il y a deux ans, et notre vie a complètement changé.

Guerre sur guerre, et toujours la question des otages.

Deux ans. 730 jours qu’ils sont enfermés, battus, affamés. Pour nous le temps passe, mais pour eux il est figé.

On prie depuis des jours, des mois, des années pour qu’ils reviennent.

On connaît leurs noms, leurs visages, leurs histoires.

Des personnes que nous ne connaissons pas nous manquent.

Ils sont partout. Dans nos fêtes. Dans nos têtes.

Comment effacer ces images ?

Comment expliquer à nos enfants que les monstres n’existent pas… quand ils sont à notre frontière ?

Comment éviter la haine et la colère, quand des innocents ont été assassinés chez eux, dans un festival, en famille, entre amis ?

Comment ne pas penser à nos soldats, épuisés, traumatisés, et à leurs familles qui ne dorment plus ?

Et comment comprendre ce monde qui les accuse, au lieu de se souvenir qu’avant le 7 octobre, la vie était différente ?